• Add description, images, menus and links to your mega menu

  • A column with no settings can be used as a spacer

  • Link to your collections, sales and even external links

  • Add up to five columns

  • Eugène Atget : le photographe oublié qui a immortalisé le vieux Paris

    Eugène Atget : le photographe oublié qui a immortalisé le vieux Paris - The Art Avenue

    Eugéne Atget : le photographe oublié qui a immortalisé le vieux Paris

    Pendant trente ans, un ancien acteur parisien a parcouru les rues du vieux Paris à l'aube, son appareil photo à soufflet et son trépied en bois sur l'épaule, pour fixer sur des plaques de verre un monde sur le point de disparaître. Eugène Atget (1857-1927) est mort dans la pauvreté, ignoré de son vivant, persuadé de ne produire que des documents pour artistes. Quelques années après sa mort, ses 10 000 négatifs révéleront l'œuvre d'un des plus grands photographes documentaires du XXe siècle. Aujourd'hui, son travail est exposé dans les plus grands musées du monde et étudié comme l'une des références fondatrices de la photographie moderne.

    Portrait d'Eugène Atget vers 1890

    Qui était Eugène Atget ?

    Jean-Eugène Atget naît le 12 février 1857 à Libourne, en Gironde. Orphelin à cinq ans, élevé par ses grands-parents à Bordeaux, il s'engage comme mousse dans la Marine marchande entre 1875 et 1877. En 1879, il entre au Conservatoire de Paris et commence une carrière d'acteur qui durera quinze ans, sans grand succès. Une infection des cordes vocales en 1887 met fin à sa carrière scénique.

    Il tente alors la peinture, puis se tourne vers la photographie à trente ans, en 1888. En 1890, il revient s'installer à Paris et ouvre un petit commerce au 17bis rue Campagne-Première dans le 14e arrondissement, sous l'enseigne « Documents pour artistes ». Sa clientèle : peintres, illustrateurs, décorateurs, architectes, éditeurs. Il leur vend des photos qui leur servent de modèles ou de références documentaires.

    Cette définition modeste de son métier va le suivre toute sa vie. Atget ne se considérera jamais comme un artiste. Sur ses albums, il signe simplement « A.E. Atget ».

    Le projet du vieux Paris : une obsession méthodique

    Dès 1897, Atget commence à photographier systématiquement Paris. En 1898, la Ville crée la Commission du Vieux Paris, chargée de documenter les quartiers anciens menacés par les transformations haussmanniennes et la modernisation. Atget devient un de ses fournisseurs réguliers. Il vend ses albums à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, au Musée Carnavalet, à la Bibliothèque nationale et au Musée des Arts décoratifs.

    Sa méthode est rigoureuse. Il organise ses photos en séries thématiques : L'Art dans le vieux Paris, Topographie du vieux Paris, Intérieurs parisiens, Les Petits Métiers de Paris, Paris pittoresque, Enseignes et vieilles boutiques. Chaque série compte plusieurs centaines de clichés, numérotés, légendés, archivés.

    28 rue Bonaparte photographiée par Eugène Atget

    Atget travaille avec un matériel déjà démodé en son temps : une chambre photographique à soufflet 18x24 cm, des plaques de verre au gélatino-bromure d'argent, un trépied en bois lourd. Il photographie tôt le matin, avant que les rues ne s'animent, ce qui donne à ses images leur silence caractéristique : Paris semble vide, comme suspendu dans le temps. Les rares passants qui apparaissent sont flous, surpris en mouvement par les longues expositions nécessaires.

    Cinq photos emblématiques d'Eugène Atget

    1. Boutique d'optique, boulevard Saint-Germain (1898). Une vitrine de magasin avec ses lunettes et instruments exposés, le reflet du photographe parfois visible dans le verre. Atget en a fait des dizaines de variations.

    2. Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève (1899). Une rue pavée du Quartier latin, façades penchées, lumière rasante. C'est l'image type du Paris d'avant la transformation.

    3. Le marchand de paniers, rue Mouffetard (1899). Série des Petits Métiers : un ambulant avec sa marchandise, fixé pour la postérité alors que sa profession allait disparaître.

    4. Versailles, le bassin de Latone (1901). Atget ne s'est pas contenté de Paris. Sa série sur Versailles documente les statues, fontaines et parterres avec la même rigueur.

    5. La Maison de la Verrière, rue Quincampoix (1908). Un détail architectural disparu depuis. C'est l'une des raisons pour lesquelles le travail d'Atget est si précieux : il a photographié ce que personne d'autre n'a filmé.

    13 rue des Lions, dépendance de l'hôtel Royal de Saint-Paul

    La découverte posthume par Berenice Abbott

    Atget meurt le 4 août 1927 dans son appartement parisien, sans enfants, sans héritiers, sans reconnaissance. Quelques mois avant sa mort, la jeune photographe américaine Berenice Abbott (1898-1991), alors assistante de Man Ray à Paris, lui avait rendu visite et acheté quelques tirages. Bouleversée par son travail, elle achète après sa mort la majeure partie de ses négatifs et tirages auprès du frère.

    Abbott rapporte cette collection à New York et passe les années suivantes à la faire connaître. En 1930, elle publie Atget, Photographe de Paris, le premier livre consacré au photographe. C'est le début de sa reconnaissance internationale.

    En 1968, Abbott vend l'intégralité de la collection au Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Le MoMA conserve aujourd'hui près de 5 000 tirages et plus de 1 000 négatifs. La Bibliothèque nationale de France, le Musée Carnavalet et la Library of Congress possèdent également des fonds importants.

    L'influence d'Atget sur la photographie moderne

    L'œuvre d'Atget a influencé plusieurs générations de photographes. Walker Evans, Berenice Abbott elle-même, Lee Friedlander, Stephen Shore, Bernd et Hilla Becher se réclament tous de sa méthode documentaire systématique. L'idée de photographier le même sujet sous plusieurs angles, à différentes heures, en séries thématiques, est devenue une grammaire visuelle classique de la photographie du XXe siècle.

    Les surréalistes des années 1920 (Man Ray, André Breton, Salvador Dalí) ont aussi vu dans ses vitrines désertes et ses mannequins figés une poésie inattendue, proche de leurs propres recherches. Sa photo d'une éclipse vue place de la Bastille en 1912, baptisée Eclipse, a fait la couverture du numéro 7 de la revue La Révolution surréaliste en 1926.

    Ce qui rend les images d'Atget si singulières

    Un siècle après leur prise de vue, les photographies d'Atget continuent de fasciner les historiens, les artistes et les amateurs de photographie. Trois caractéristiques expliquent cette singularité.

    Le silence des scènes. Atget photographiait à l'aube, quand Paris dormait encore. Ses rues désertes, ses cours intérieures vides, ses vitrines fermées créent un effet d'arrêt sur image qui n'a pas d'équivalent dans la photographie de son époque. C'est un Paris fantomatique, suspendu hors du temps.

    La rigueur de la composition. Atget composait ses photos avec un sens du cadre hérité de la peinture académique. Ses verticales (façades, devantures), ses lignes de fuite (rues pavées), ses jeux de reflets (vitrines) en font des images graphiquement parfaites. Aucun élément n'est laissé au hasard.

    La valeur documentaire incomparable. Atget a photographié des centaines de bâtiments, de boutiques, de cours et de métiers qui ont aujourd'hui disparu. Sans son travail, des pans entiers du Paris d'avant 1920 seraient irrémédiablement perdus. Cette dimension archéologique double la lecture esthétique de son œuvre.

    Le travail d'Atget continue d'inspirer la photographie contemporaine et la création artistique. Sur The Art Avenue, notre collection de tableaux photographie regroupe une sélection de tirages en noir et blanc qui s'inscrivent dans cette tradition documentaire : scènes urbaines, architecture, regards sur la ville.

    Où voir l'œuvre d'Eugène Atget aujourd'hui

    Les fonds Atget sont aujourd'hui répartis entre plusieurs institutions majeures à travers le monde. Pour ceux qui souhaitent découvrir son travail dans son intégralité :

    Musée Carnavalet, Paris. La collection physique du musée Carnavalet est l'une des plus importantes au monde sur le photographe. Le musée organise régulièrement des expositions consacrées à ses fonds.

    Bibliothèque nationale de France. La BnF conserve plusieurs centaines de photos d'Atget numérisées en haute résolution sur sa plateforme Gallica.

    MoMA, New York. La collection Abbott-Levy compte plus de 5 000 tirages originaux, partiellement accessibles en ligne.

    Library of Congress, Washington. Une vingtaine de tirages réalisés par Berenice Abbott en 1956 à partir des négatifs originaux y sont conservés.

    Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris. La fondation a consacré plusieurs expositions à son œuvre et conserve des fonds documentaires.

    Questions fréquentes sur Eugène Atget

    Combien de photos a réalisé Eugène Atget ?

    Environ 10 000 négatifs sur l'ensemble de sa carrière photographique (1888-1927), dont la majorité sur Paris et ses environs (Versailles, Saint-Cloud, Sceaux).

    Quel appareil photo utilisait Eugène Atget ?

    Une chambre photographique à soufflet 18x24 cm, matériel déjà démodé en son temps. Il utilisait des plaques de verre au gélatino-bromure d'argent et un trépied en bois. Les temps de pose étaient longs, ce qui explique le caractère figé et silencieux de ses scènes de rue.

    Pourquoi Atget n'a-t-il pas été reconnu de son vivant ?

    Atget se présentait comme un artisan documentaliste, pas comme un artiste. Il vendait ses photos aux institutions et aux artistes pour des prix modestes, sans chercher la reconnaissance critique. Sa découverte est due à la photographe américaine Berenice Abbott, qui a acheté sa collection après sa mort et l'a fait connaître à partir de 1930.

    Où voir une exposition d'Eugène Atget ?

    Le Musée Carnavalet à Paris organise régulièrement des expositions de ses fonds. La Fondation Henri Cartier-Bresson a aussi consacré plusieurs expositions à son œuvre. Le MoMA à New York présente périodiquement sa collection Abbott-Levy.

    Quels photographes ont été influencés par Atget ?

    Walker Evans, Berenice Abbott, Lee Friedlander, Stephen Shore, Bernd et Hilla Becher se réclament directement de sa méthode documentaire. Les surréalistes (Man Ray, André Breton) ont aussi vu dans ses images désertes une poésie proche de leurs recherches.

    Qu'est-ce que la Commission du Vieux Paris ?

    Créée en 1898 par la Ville de Paris, la Commission du Vieux Paris avait pour mission de documenter les quartiers anciens menacés par les transformations haussmanniennes. Atget en fut l'un des fournisseurs réguliers. La Commission existe toujours aujourd'hui sous une forme modernisée.

    Pourquoi Atget photographiait-il toujours tôt le matin ?

    Pour deux raisons. La première était technique : les longues expositions nécessaires au gélatino-bromure d'argent rendaient les rues animées impraticables (les passants apparaissaient flous). La seconde était esthétique : Atget cherchait à figer un Paris désert, hors du temps, débarrassé des perturbations du quotidien.

    Pour aller plus loin : découvrez aussi notre sélection des photos noir et blanc les plus célèbres de l'histoire.